42 x 29,7 cm, 2023.
Méduse a toujours été une figure fascinante à mes yeux.
Assez peu comprise par mon entourage sur mes choix artistiques, on a généralement tendance à associer ceux-ci à un attrait certain pour la Mythologie Grecque. Il y a un peu de vrai dans ces affirmations mais ce n'est pas un simple choix portant sur l'esthétique antique que je fais lorsque je puise dans les mythes mon inspiration ; il en va évidemment de la symbolique de ces mythes qui, pour moi, autant que les textes sacrés, sont une mine d'or inépuisable en terme d'allégorie à la nature humaine.
Pourquoi je vous raconte tout ça?
Parce que Méduse, à mes yeux - comme aux yeux d'essayistes spécialistes du sujet, n'est pas un Monstre.
Elle est la figure même du féminisme, de la femme humiliée, violée, à qui l'on impute la faute. C'est souvent le discours que l'on entend lorsque l'on parle d'une femme qui a été violée car "elle était trop sexy", que son habillement ou sa manière d'être femme "était une incitation au viol". C'est ainsi que Méduse est condamnée pour un fait - le viol - dont elle n'est pas responsable.
Ce sont des sujets épineux, il est vrai. Mais il est aussi vrai que je ne conçois plus ma vie sans servir la noble cause qu'est la lutte pour les droits des femmes.
J'ai cette chance d'être née française et de pouvoir m'exprimer ainsi sur le sujet mais cette chance n'est pas partagée par la majorité des femmes. C'est pourquoi j'aimerais, au travers de ma vie, mon temps, mes facultés intellectuelles ou artistiques, lutter contre les violences misogynes et sexistes. Éduquer. Ce n'est pas un combat, je suis absolument contre toute forme de violence. Il s'agit "simplement" de penser différemment.
J'avais écrit ce texte lorsque j'avais fait ma Méduse en pierre de lavoux doré et que je vous invite à lire. C'est d'ailleurs celui que j'ai mis au dos du dessin.
" Méduse, c’est cette jeune femme d’une grande beauté victime de la convoitise des hommes. Elle est celle qui n’a rien demandé, celle qui était juste là et qui a servi en pâture à leur concupiscence.
Humiliée, déshumanisée, c’est la double peine qu’on inflige à cette femme.
Victime du viol du dieu des mers dans le temple d’Athena, Méduse est changée par cette dernière en monstre hideux et repoussant qui pétrifie le moindre mortel qui croiserait son regard - stratagème censé la protéger d’un crime dont elle n’était pas responsable.
Comme si cette double peine ne suffisait pas, Persée se voit confier la mission de ramener la tête de la Gorgone. Comble de l’horreur, dans les Métamorphoses d’Ovide, il offrit la tête à la déesse Athena.
Sans vraiment m’en rendre compte lorsque j’ai entamé cette œuvre j’écrivais mon histoire, ma souffrance. Mon ex beau-père m’avait dit sur le ton que Meduse, c’était moi. Il ne savait pas si bien dire. Oui, Méduse c’était moi, j’étais cette femme humiliée.
Portant le fardeau des violences masculines dont elle est acculée, c’est en figure souveraine que Méduse se lève aujourd’hui en brandissant la tête de ses agresseurs.
Aujourd’hui, et plus que n’importe quand, il est temps.
Les victimes doivent se lever et briser le silence de la honte. "
Charlie.